SIT JIKAER ou la peine perdue

Grégoire Vauquois


(c) Côme Paillard et Pierre Pauc

Bajgar, musicien raté et fauché, fantasme la culture punk. Il passe ses journées dans un magasin de musique et ses soirées à regarder en boucle le dernier concert des Sex Pistols. L’état d’esprit contestataire du mouvement punk lui apparait comme l’un des derniers remparts pour faire face à un monde sur le déclin. Quand il n’est pas inquiété par son banquier ou par son proprio, Bajgar se lance dans l’écriture d’un album-concept autour d’une super-héroïne punk : Sit Jikaer. A travers elle, souffle un vent de révolte punk mais la révolte ça fait peur. Bajgar sera-t-il à la hauteur ?

Note d’intention

Sit Jikaer ou la peine perdue est un récit initiatique, (faussement ?) punk sur la fin des illusions. À travers le désenchantement de son personnage principal, Grégoire Vauquois interroge notre capacité à nous montrer à la hauteur de nos valeurs ou de nos engagements. Punk de pacotille, Bajgar nous renvoie à notre propre décalage, entre ce qu’on aurait aimé être ou incarner, et ce que nous arrivons à être vraiment. Mais dans le fond est-ce vraiment si grave ? Faire le de deuil de certains de ses rêves n’est-ce pas aussi une façon de commencer à vivre plus authentiquement ?

En opposant l’apathie mélancolique de Bajgar, à la radicalité et la violence de Sit Jikaer, la pièce interroge le bien-fondé de la violence artistique ou politique. Quel changement politique ou artistique peut-on espérer sans une certaine forme de violence ?

Avant toute forme d’engagement, les incertitudes de Bajgar font écho aux difficultés que chacun.e peut connaitre dans une affirmation de soi politique ou artistique. Dans un monde qu’on dit de plus en plus complexe mais vidé, pour certain.e.s, d’une partie de ses idéologies, comment faire pour se positionner ? Faut-il chercher la flamme chez des idoles engagé.e.s ou renoncer à toute forme de romantisme dans notre engagement politique et artistique ?

Le rapport trouble entre réalité et fiction, et l’évolution de Bajgar face à la radicalité « cartoonesque » de Sit Jikaer, orientent notre lecture de la pièce. Le choix d’une esthétique volontairement pauvre nous paraissait une bonne façon d’y faire écho. Exit donc, les sons de guitare saturés qui cassent les oreilles, les crètes bien « vener », ou les voitures brulées : pour du punk « en carton » place au carton.

Côme Paillard et Pierre Pauc

 

lundi 19 février 2024 | 19h

Mise en lecture Côme Paillard et Pierre Pauc

AvecAvec Jasmine Cano, Noémie Moncel, Omar Mounir Alaoui, Mathis Roche, Fiona Stellino et Baptiste Znamenak