
(c) Alexis Ruotolo
Un zeppelin rempli de patrons d’industrie survole la Fête de la bière. En dessous, les festivités vont bon train. Caroline et son fiancé Casimir, eux, se déchirent.
La crise est passée par là et Casimir est chômeur depuis la veille. Certain de perdre l’amour de Caroline, il est gagné par un lucide pessimisme. Au cœur de cette ambiance foraine, sa fiancée est en quête d’insouciance et de légèreté. Mais face à l’impératif de survie sociale, l’amour semble bien peu de choses. Comment trouver sa planche de salut ?
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Comme les matchs de foot aujourd’hui, la Fête de la bière est un événement où se mélangent les classes sociales. Dans cette ambiance foraine se côtoient patrons et ouvriers.
La proximité entre ces différents milieux sociaux rend d’autant plus criantes les inégalités. Sous le regard triste de Casimir, la Fête de la bière permet à Horváth de matérialiser la colère sociale. Casimir et Caroline dénonce la bulle offerte par le capitalisme, une idéologie riche de mille promesses qui, en explosant, crée un terreau particulièrement fertile à la montée du fascisme, hier comme aujourd’hui.
L’autre mirage dont se moque Horváth est l’amour. S’il cite Saint Paul lorsqu’il fait dire à Casimir « Et jamais l’amour ne cessera », il le ponctue vite d’un ironique « Du moins tant que tu ne perds pas ton travail ». Pourtant, Casimir et Caroline n’est pas dénué d’humour et d’amour. Horváth raille les clichés amoureux – avec des séquences empruntées au cinéma “mélo” – en même temps qu’il les sublime. Il fait la part belle au désespoir, à la passion et aux regrets et magnifie les grandes et petites lâchetés amoureuses ; c’est cet écart que nous cherchons à mettre en jeu. Sans négliger la nécessité de survie – dénuée de toute morale – des personnages, n’oublions pas que la relation entre Casimir et Caroline est une vaste comédie, à l’image de toutes relations amoureuses sans doute.
Horváth décrit le sentiment amoureux avec sa sensibilité. Au-delà d’un jeu autour du drame amoureux et de ses représentations, transparaît pour nous aujourd’hui la brutalité des rapports entre femmes et hommes dans une société patriarcale. Comme si la violence capitaliste ruisselait aussi, et sans doute encore plus durement, sur les femmes.
Y a-t-il une place pour l’amour face à la misère sociale ? Est-il possible de faire primer autre chose que sa réussite personnelle ou sa propre survie dans un système capitaliste ? Jouons-nous plus que nous ne vivons réellement nos relations amoureuses ?
Côme Paillard et Alexis Ruotolo