
(c) Paul Desveaux
Et si la réalité n’était pas le contraire du rêve, mais bien le rêve d’un rêve, voire de plusieurs rêves à la fois ?
La pièce de Calderón (1636), écrite quelques années après la mort de Shakespeare, constitue probablement le chef-d’oeuvre du Siècle d’Or espagnol (el siglo de oro). Dans une Pologne imaginaire, deux intrigues se mêlent, deux destins contrariés : Rosaure, travestie en homme, poursuit l’amant qui lui a dérobé son honneur ; Sigismond, enfermé par son père depuis l’enfance comme une bête sauvage, est victime d’une manipulation qui le porte au trône avant de le ravaler à sa condition de prisonnier existentiel. Il est question de jeunesse sacrifiée, de pères obnubilés par la perte du pouvoir, de prophéties, de mensonges et de vengeance. Mais aussi et surtout de courage face à l’adversité, de réparation et d’émancipation. Prolongeant la dualité d’Hamlet, « être ou ne pas être », La Vie est un songe développe une puissante réflexion sur le rapport entre illusion et réalité, faisant du théâtre le lieu des révélations, où seule la fiction permet aux vérités d’advenir.
Le théâtre baroque multiplie les péripéties, en se souciant moins de la vraisemblance que des symboles. Le mélange des genres se retrouve aussi bien dans les situations que dans la variété des registres, puisque comédie et tragédie s’interpénètrent en permanence. Triviale ou savante, poétique toujours, la langue réclame des interprètes un jeu plein et organique.
La pièce comporte sept personnages principaux et se divise en trois journées, ce qui permet à chacune et chacun de prendre et de passer le relais sur un parcours de rôle. Nous travaillerons également la dimension chorale puisque de nombreuses scènes mettent en jeu le collectif (la cour, l’armée, etc.)
Olivier Balazuc