Stage Le jeu en tant qu’espace, écart, entre ce que je fais et ce qui m’échappe


(c) Miliana Bidault

Dans un ouvrage du philosophe Jacques Derrida, intitulé De l’hospitalité, Anne Dufourmantelle écrit la chose suivante : « Un faussaire peut imiter le geste du peintre ou le style d’un écrivain, et rendre imperceptible leur différence, mais il ne pourra jamais faire sienne leur obsession, ce qui les oblige à revenir sans cesse vers ce silence où sont scellées les premières empreintes. » 

Je propose d’étendre et d’éprouver cette affirmation au niveau du jeu d’actrice et d’acteur ; du jeu en tant qu’espace, écart, entre ce que je fais et ce qui m’échappe, entre ce que j’appelle et ce qui me vient, entre ce que le texte d’un autre réclame et ce qui s’associe en moi, malgré moi, à son contact ; et de m’approprier la manière avec laquelle mes obsessions viennent obséder les obsessions du texte pour leur donner forme, corps, résonance et mouvement. 

 

L’enjeu de ce stage sera d’inventer une attention singulière aux processus créatifs, de traduire en formes théâtrales les forces qui me font faire, de loucher si je puis dire : un oeil sur le geste ; l’autre, aveugle, qui s’abandonne dans la nuit ouverte par l’élan de l’intuition.  

Le travail sera une invitation à habiter l’abîme de ce paradoxe, où l’interprète doit, tout en raffinant la maitrise ce qu’il.elle fait, se laisser faire par l’agir qui déborde toute maitrise et l’affecte en retour d’une émotion aussi subtile et indicible qu’un secret.               

 

Comme support à cette proposition, nous explorerons Les Quatre Jumelles de Copi.

Oeuvre dérisoire, jouissive, exigeante et fatale. Manducation féroce et ruminante. Cette pièce nous confronte à l’impossible qui travaille l’art dramatique : désir et persécution du double, répétitions sans terme, surenchère affolée d’actions, espoir forcené d’un dehors inatteignable, quête d’un trésor dérobé et inappropriable, renversement constant entre mort et naissance, remède et poison. On y perd les sens, on y retrouve la vie, on s’y tue de nouveau. Il n’y a rien à la fin ni en son fond. Aucune vérité sous le masque. La chose s’écrit et se défait à même l’apparence du simulacre.    

Charly Breton

du 16 novembre au 16 décembre 2021

Stage dirigé par Charly Breton